Lettres de Tananarive<br> Jean Beigbeder à son père, 1924-1927 - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

Lettres de Tananarive
Jean Beigbeder à son père, 1924-1927


“Je serais tenté de dire qu’il faudrait que beaucoup de Français se mettent à la disposition des sociétés de missions étrangères pour cette tâche d’enseignement ; c’est ainsi que les prochaines générations malgaches seraient élevées à la française et non plus à l’anglaise ; et alors les mauvaises langues ne pourraient plus clamer partout que : qui dit protestant, dit étranger.”

LETTRES DE TANANARIVE
Jean Begbeider à son père, 1924-1927

De Tananarive, où il initie, de 1924 à 1927, des mouvements de jeunesse (Unions chrétiennes, scoutisme), Jean Beigbeder, Z’oeil de chouette pour les éclaireurs ou Rabeigy pour des Malgaches, écrit à son père en France. Il évoque la vie quotidienne, les activités des éclaireurs unionistes, la convivialité des envoyés de la Mission protestante française ainsi que la vigueur du protestantisme dans une ville qui s’est approprié le christianisme. Le récit de ses voyages en Imerina, et dans des contrées plus lointaines, contribue à la richesse de cette correspondance, à la croisée de l’individuel et du social. Son intérêt vient également de ce qu’elle dit du moment colonial dans une ancienne capitale royale, où la ségrégation est inconnue, cela en une période d’embellie économique marquée par la montée de la contestation anticoloniale. Médiateur culturel, Beigbeder a l’ambition de créer un « espace franco-malgache ». Sans remettre en cause la colonisation, il se découvre un réel attachement pour Madagascar et sa culture – il évoque ainsi dans ses lettres son apprentissage du malgache et les pratiques qui fondent le fihavanana (liens de parenté) ; le couple qu’il forme avec Odette Meyer se lie d’amitié avec de jeunes Malgaches. Rabeigy a marqué plusieurs générations de Malgaches et de Français.