Séminaire annuel « ANTHROPOLOGIE, PSYCHANALYSE ET POLITIQUE. REGARDS SUR LES TERRAINS - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

Séminaire annuel « ANTHROPOLOGIE, PSYCHANALYSE ET POLITIQUE. REGARDS SUR LES TERRAINS


Maison SUGER
16 – 18 rue Suger
Paris 6° (RER Saint-Michel)
En partenariat avec le CRPMS
Mardi 10 Décembre 2019 de 11h à 13h

Sujets : implications et engagements globalisés

Anthropologie globale du présent

Par Monique SELIM

Comment être anthropologue aujourd’hui dans un contexte de naturalisation de la communication numérique, de la globalisation capitaliste, du marché ? Ce sont tout d’abord des réponses épistémologiques qu’apporte cet ouvrage en interrogeant les nouvelles normes idéologiques. Quel sens donner à la centralité actuelle de la question sexuelle dans son articulation a la question sociale, aux failles du politique et à celles du sujet hyperconnecté qui trouent le présent ? Les pistes interprétatives offertes s’inscrivent dans un déchiffrage à vif des configurations singulières de nos univers quotidiens désormais partagés.

Monique Selim est anthropologue, directrice de recherche émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), chercheure associée au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA, Université Paris Diderot, IRD, INALCO). Elle a mené des recherches dans la France urbaine, puis au Bangladesh, au Laos, au Vietnam, en Ouzbékistan et en Chine. Dans chaque situation étudiée (quartier, entreprise, institution, académie des sciences, ONG, association, culte, mobilisation politique) elle s’est attachée à saisir les rapports entre les productions de subjectivité des acteurs, leurs imaginaires et les processus globaux.

Argumentaire du séminaire

Ce séminaire propose de repenser les dialogues et les mises à l’épreuve réciproques entre anthropologie et psychanalyse. Il s’efforce d’articuler trois lignes de questionnement :

• Clinique du terrain et terrains cliniques : des anthropologues s’interrogent sur la nature des relations interpersonnelles développées durant leurs enquêtes, le sens et les modalités de leur écoute, et, corollairement, les mobiles intimes de la parole des acteurs. Les crises économiques et politiques qui bouleversent de nombreuses sociétés s’impriment, en effet, dans la situation ethnologique. De surcroît, l’ethnologue se trouve de plus en plus fréquemment en contact avec des populations en fragilisation croissante, en état de non inscription, et même d’errance.

• Folie et État : on développera une réflexion croisée, d’un côté sur les effets sur les élaborations identitaires des nouvelles représentations du bien-être psychique, de l’autre, sur les instances de légitimation sur ce que serait une bonne santé psychique en termes de prévention, de diagnostic, de traitement et de leur évaluation. Enfin, le lien doit être souligné entre les terreurs issues de la violence de l’État et les confusions des registres du Réel, de l’Imaginaire et du Symbolique, qui font tenir l’existence singulière et les échanges sociaux. D’une certaine manière, la folie a disparu au profit de l’exclusion et de la stigmatisation des perdants.

Dans les pays lointains qui ne rentrent pas dans cette industrialisation du soin, l’OMS., au contraire, préconise un retour aux dispositifs dits « traditionnels », légitimant médiums, devins et autres guérisseurs. Dans ces deux configurations du monde globalisé, les États jouent un rôle majeur, idéologique, symbolique, mais aussi institutionnalisant les corps des professionnels du soin psychique. La psychanalyse fait actuellement l’objet d’un débat social, d’autant plus aigu que c’est la singularité du sujet individuel qui est en jeu. La présence de la psychanalyse dans les institutions de soin et d’enseignement redevient l’enjeu d’une lutte, alors que la psychiatrie et la psychopathologie sont de plus en plus biologiques.

• Un dernier volet : rouvrir le débat entre anthropologie et psychanalyse de l’ordre épistémique et épistémologique, à l’heure où le cognitivisme est, pour un nombre croissant d’anthropologues, un outil de validation de leurs recherches et de leurs résultats. La généralisation de l’économie de marché a eu des effets de plus en plus prononcés sur les définitions de la souffrance psychique, des troubles mentaux, leurs modes de diagnostic et leur traitement. Dans les démocraties industrielles, on constate la dominance des modélisations biologiques et neurologiques, le retour à un primat héréditaire et la mise en avant de polices de rééducation comportementaliste.

Séminaire mensuel organisé par :

Olivier Douville, psychanalyste, Laboratoire CRPMS Université Paris 7, douvilleolivier@noos.fr
Nicole Khouri , sociologue, IMAF khouri.n@wanadoo.fr
Julie Peghini, anthropoloque, Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 8, Laboratoire CEMTI, julie.peghini@univ-paris8.fr
Monique Selim, anthropologue, directrice de recherche émérite à l’IRD CESSMA monique.selim@ird.fr




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