AMOUSSOU Eustache-Kossi - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

AMOUSSOU Eustache-Kossi


Sociologie-Anthropologie

Axe thématique n°2 : « Villes du Sud : pouvoir, pratiques citadines et devenir métropolitain »

Axe thématique n°4 : « Savoirs : Acteurs, Pouvoirs, Territoires »

Contactez-le-mailto: eustache70@yahoo.fr

Sujet de Thèse

Des dynamiques de patrimonialisation par les communautés locales dans les villes de Cape Coast (Ghana) et Porto Novo (Bénin) : acteurs, processus et enjeux pour le développement local.

Directeur de thèse :

Mme Saskia COUSIN et M. Didier Marcel HOUENOUDE

Axes :

Axe thématique n°2 : « Villes du Sud : pouvoir, pratiques citadines et devenir métropolitain »

Axe thématique n°4 : « Savoirs : Acteurs, Pouvoirs, Territoires »

Résumé de thèse

La notion d’essence occidentale de patrimoine, ainsi que celle de processus de patrimonialisation trouvent difficilement leurs équivalents conceptuels et catégoriels au niveau du continent africain. Ces deux notions soulèvent de nouvelles problématiques et d’importants enjeux pour les pays d’Afrique, qu’ils soient situés au nord ou au sud du Sahara.

Ces notions, issues de conceptions dites ’’européennes’’, sont, d’après I. ODIAUA (2012), « de la science et de l’archéologie aux couleurs occidentales car déposées par les pays occidentaux ». Pour Sinou (1996), elles sont des « valeurs exportées en Afrique » et pour Fauvelle-Aymar (2014), les valeurs du patrimoine trouvent un écho favorable auprès des grandes puissances colonisatrices d’hier. Ainsi, la question de la réception du concept de patrimoine est-elle centrale dans la plupart des pays extra-occidentaux.

Il est donc nécessaire d’interroger la manière dont cette notion et le processus de patrimonialisation sont perçus par les communautés locales ainsi que la manière dont celles-ci se l’approprient et la réinvestissent. Qu’est-ce qui fait patrimoine pour elles et, à l’inverse, quels objets sont rejetés comme ne faisant pas partie de cet ensemble ? Quelle place donner aux instances internationales telles l’UNESCO dans ce processus ? Les choix et les démarches de l’institution sont-ils reconnus par les communautés locales ? Y-a-t-il un certain consensus sur ce qui fait patrimoine au sein d’une communauté partageant la même histoire ? L’ambition de réaliser un travail de thèse sur les ’’ dynamiques de patrimonialisation par les communautés locales et leurs enjeux pour le développement local dans une perspective comparée entre Cape Coast (Ghana) et Porto Novo (Bénin) est partie de plusieurs constats. La vague patrimoniale portée par une inflation des intérêts des Etats à s’investir depuis bientôt trois décennies dans le patrimoine ne peut, vraisemblablement passer sous silence. Henri-Pierre Jeudy (2001) qualifie ce déploiement pour le moins ’’idéologique’’, de machinerie patrimoniale dont l’UNESCO se fait le porte flambeau à travers des instruments de protection, de sauvegarde et de valorisation : les Conventions. Ce nouveau rapport avec le fait patrimonial, amène pour ce faire, Houénoudé (2012) à parler de despotisme patrimonial. Se démultipliant à la suite de Sartori (1970) « In order to have a world-wide applicability, the extension of our concept has been broadened by obfuscating their connotation » dans les pays, territoires, régions, localités, il domine tous les sujets et se légitime non plus par les modalités d’antan mais désormais mêlé au phénomène de la mondialisation et à un « présentisme » F. Hartog, (2003) en quête de sens.

Il s’agit pour ce faire, à l’échelle des villes choisies, de questionner comment la patrimonialisation s’opère dans ses objets et ses formes, se marie à travers les âges avec les contingences depuis les cultures précoloniales après le heurt civilisationnel entre l’Afrique et l’Europe. Enfin, le choix de comparer ces deux pays issus de l’ancienne côte des esclaves répond à l’exigence liée aux deux formes majeures de colonisation que l’Afrique a connues. D’une part, Porto Novo, produit de la colonisation française après le baptême portugais, qui attend d’être réhabilité dans son statut de Capitale fortement menacée par l’expansion économique de Cotonou est révélatrice d’importants enjeux patrimoniaux. D’autre part, Cape Coast ayant perdu depuis 1877 son statut de Capitale au détriment de Accra avec la colonisation britannique, demeure la cité de l’intelligentsia ghanéenne, mais davantage du Oguaa Fetu Afahye et d’une grande partie de la mémoire esclavagiste et coloniale ouest africaine.

D’abord, la mise en patrimoine, s’énonce aujourd’hui, pour les communautés locales, comme un outil d’appropriation de leur histoire et de leur identité. Ensuite, pour les entreprises, elle se déploie en tant que dispositif de communication de leur visibilité. Puis, les collectivités territoriales, l’investissent entre autres comme un ferment de solutions aux multiples goulots d’étranglement que rencontrent les processus de développement local à la faveur de l’avènement de la décentralisation. Enfin, à l’échelle macro étatique, un moyen d’affirmation de son identité nationale et de positionnement dans le concert des nations.

Cette étude se veut essentiellement théorique dans la mesure où la comparaison entre les deux villes sera l’occasion d’éclairer la complexité qu’engendre l’éclatement de la notion de patrimoine culturel sur la base des observations empiriques opérées par les tentatives des diagnostics patrimoniaux expérimentés avec les acteurs locaux.