Axe thématique n°3 : « Axe Mutations du travail, solidarités, genre et financiarisation» - CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques

Axe thématique n°3 : « Axe Mutations du travail, solidarités, genre et financiarisation »

par  CESSMA

Coordination : Pascale Absi et Laurent Bazin

Chercheuses et chercheurs titulaires : Pascale Absi, Laurent Bazin, Bernard Castelli, Isabelle Guérin, Eric Guérassimoff, Gilles Guiheux, Valeria Hernandez, Isabelle Hillenkamp, Jean-Yves Moisseron, Pepita Ould-Ahmed, Pascale Phelinas, Boris Samuel.

Chercheuses et chercheurs associé.e.s : Eveline Baumann, Patience Biligha, Françoise Bourdarias, Abdoulaye Fall, Wenjing Guo, Antoine Heemeryck, Bernard Hours, Carine Pina, Magalie Saussey, Monique Selim, Christophe Vigne.

Doctorant.e.ss : Kassia Aleksic, Floriane Bolazzi, Audrey Chalumeau, Damiano De Facci, Lara Gautier, Irene Huang, Ecem Hasırcıoğlu, Jun Li, Manon Laurent, Thimothée Narring, Madjid Osmani, Na Ou, Oriane Pledran, Elena Reboul, Antoine Rieu, Hicham Rouibah

Programme de recherche (2019-2022)

Ce programme de recherche se décline en trois volets consacrés aux diversifications du travail, aux formes de financiarisation et de protection, et aux mobilisations fondées sur la production des sexes et du genre qui les traversent. Les articulations entre ces trois ordres de phénomènes construisent la problématique de l’axe. La perspective est pluridisciplinaire : anthropologues, sociologues, économistes, historiens, démographes et politistes alimentent la problématique commune.

La financiarisation désigne l’importance croissante, pour les États, les entreprises et les populations, des dispositifs financiers et bancaires ainsi que du recours à l’endettement. La progression de la financiarisation nourrit en retour les processus de dérégulation du travail et de substitution de l’auto-entrepreneuriat à l’emploi. Elle engendre une déconnexion du travail, des revenus et des formes de protection sociale et de solidarité. L’opposition capital/travail tend à s’effacer derrière la relation débiteur/créancier. L’ancienne « question sociale » qui reposait sur l’intégration de la société par le travail et la protection sociale se reformule ainsi en termes d’inclusion financière, l’accès aux services bancaires et financiers prenant le pas sur l’accès à l’emploi. , l’ordonnancement des rapports entre les sexes est non seulement profondément affecté par l’ensemble de ces transformations : il est devenu un terrain majeur de reformulation concrète et symbolique des économies politiques, dont le caractère sexué est exacerbé par l’importance croissante des normes de genre au niveau international.

Les diversifications du travail au prisme du travail global

Les pays des Suds ont constitué des laboratoires pour l’élaboration et l’expérimentation de modèles globaux de politiques d’emploi et de redéfinition des normes du travail. Portés par une vision néolibérale de réduction des « coûts du travail », ces dernières impliquent le transfert de ces coûts sur d’autres secteurs de l’économie et d’autres formes de solidarité. De multiples formes de résistance et de contestation, facilitées par l’usage des technologies numériques, tentent de resignifier le travail et les solidarités. Le phénomène d’ubérisation emblématise la capacité de sape dont les modèles d’économie dite collaborative sont vecteurs, tandis que de nouveaux types d’emploi, notamment l’émergence d’un digital labor, renforcent la désalarisation et accélèrent l’obsolescence des normes du travail et de la protection.

Comprendre les configurations du travail qui émergent nécessite à la fois :

- d’appréhender les processus de normalisation internationale des rapports travail/revenus et travail/protection et leur implantation dans des trajectoires nationales spécifiques ;
- de penser la diversification du travail à partir d’études précises portant sur les pratiques et rapports de travail ainsi que l’évolution de leurs cadres légaux ;
- de porter l’attention sur les substituts à l’emploi tels la figure de l’auto-entrepreneur, du bénévole ou encore sur les marges tel le « travail du sexe » ;
- d’analyser les multiples formes d’expérimentation et de contestation qui s’efforcent de réinventer et de resignifier le travail.

Formes de financiarisation et des protections

Les pays des Suds sont également désormais le laboratoire d’une digitalisation des paiements et des pratiques financières que permettent les technologies numériques. Celle-ci est présentée comme un moyen de « formaliser » des économies échappant en partie à la fiscalité. Cette nouvelle étape de la financiarisation renouvelle les formes de résistance, avec par exemple l’émergence de monnaies électroniques solidaires. Ces tentatives de réappropriation citoyenne et démocratique de la finance visent fréquemment des contestations politiques plus larges.

Ce programme se fixe les objectifs suivants :

- appréhender les implications des diverses facettes de la financiarisation sur la transformation des Etat-providence et la répartition des risques entre la collectivité et les individus. Ceci suppose de rompre avec les distinctions Etat/marché/société civile, dont l’entremêlement est constant, au profit d’analyses focalisées sur la nature plus ou moins démocratique des processus en cours et sur la manière dont se partagent à la fois la valeur et les risques tout au long des chaînes de financiarisation ;
- étudier les rapports interpersonnels qui se construisent à travers les tentatives de construction de sujets politiques qui émergent et façonnent en retour la financiarisation ;
- aborder la finance digitale sous l’angle de l’émergence de nouveaux marchés et de nouveaux mécanismes de captation de valeur ;
- poursuivre nos efforts de renouvellement de la pensée théorique socioéconomique de la monnaie et de la finance, qui est plus que jamais d’actualité face à la montée en puissance de l’économie et de la finance comportementales.

Des économies politiques sexuées

Les figures sexuelles sont au cœur des processus économiques de production de richesses, de division du travail, de circulation monétaire, de dette, de protection et de solidarité. Elles sont bousculées par les mutations qui affectent le travail, la constitution des revenus, les dispositifs monétaires et financiers.

Le programme de recherche se fixe comme objectifs de :

- déchiffrer les grammaires de la sexuation des processus abordés dans les deux autres volets ;
- comprendre le genre comme une norme globale de gouvernance, désormais prépondérante dans tous les financements internationaux destinés aux résolutions des problèmes de développement, de pauvreté et d’inégalité.
- saisir comment le genre porte idéologiquement le développement du capitalisme financiarisé et en est un instrument de justification morale à travers la mise en place de luttes contre les discriminations.

Domaines géographiques et pays concernés

Afrique occidentale et Maghreb ; Amérique du Sud ; Asie du Sud, du Sud-Est et orientale. Algérie, Argentine, Bolivie, Brésil, Côte d’Ivoire, Equateur, Inde, Mali, Maroc, Sénégal