CAMARA Arsène


Changement social-Peuls-Fuuta-Jaloo-Pastoralisme-Commerce Contact : arsenetofandet@gmail.com

Sujet de Thèse : « Changement social chez les Peuls du Fuuta-Jaloo, de 1920 à nos jours : du pastoralisme au commerce ».

Directeurs : Robert Edmond ZIAVOULA (CESSMA - INALCO) Ismaël BARRY (UGLC de Sonfonia-Conakry/Guinée)

Résumé de thèse :

En matière de genre de vie, le critère le plus classique utilisé pour identifier les Peuls reste le pastoralisme. Or, depuis plusieurs décennies des travaux de recherche tentent de démontrer que ceux du Fuuta-Jaloo connaissent une évolution qui les éloigne de plus en plus de cette activité traditionnelle ; notre thèse s’inscrit dans cette logique. En effet, alors qu’il est resté longtemps la région la plus indifférente voire la plus fermée vis-à-vis des activités commerciales, le Fuuta-Jaloo fournit aujourd’hui les commerçants parmi les plus « dynamiques et aguerris » de la Guinée et de la sous-région ouest-africaine, et cela au détriment des mandings et d’autres groupes sociaux pratiquant le commerce. Avant 1920, et sous le contrôle des enclaves coloniales et sociétés courtières occidentales, la totalité des activités commerciales était assurée par les Libano-syriens et par les dyula , aussi bien à l’intérieur du Fuuta-Jaloo qu’à l’extérieur avec les localités environnantes dans les marchés de contact. En raison du conservatisme peul, le métier de commerçant ne recruta chez les Peuls que tardivement ; ils ne participèrent à l’intensification des échanges que surtout au titre de producteurs-vendeurs, agissant dans la plupart des cas sous la pression des impôts. Aux environs de 1920, des cas de plus en plus nombreux de Peuls pratiquant le commerce semblent avoir été enregistrés . Vers cette période, Cerno Buubakar Balansi de Poorèdaka, fut le premier commerçant peul de son village. Quelques années plus tard, la politique commerciale menée par le régime de Sékou Touré, sous-tendue par la Loi-cadre de 1964, n’a eu de cesse de s’opposer à la constitution d’une bourgeoisie autonome marchande . Cependant, la collusion étroite commerçants–fonctionnaires a permis une accumulation privée de capital dont les fondements reposaient alors sur trois facteurs essentiels. En premier lieu, l’économie de traite persistait, contrôlée par quelques commerçants privilégiés qui en partageaient les bénéfices avec les fonctionnaires des magasins d’Etat. En second lieu, la spéculation monétaire et commerciale battait son plein, reposant sur l’isolement monétaire du pays, sur la non-convertibilité du franc guinéen et sur la pénurie organisée des biens de consommation courante et le trafic avec les pays limitrophes. Enfin, les commerçants et les fonctionnaires revendaient à prix fort au marché noir des marchandises qu’ils avaient obtenues à bas prix auprès des coopératives de commerçants et de consommateurs. C’est au cours de cette période que le commerce peul s’est développé grâce à sa faculté d’adaptation à un contexte défavorable et à sa capacité d’extension géographique dans les pays voisins, à savoir : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Sierra-Leone. Avec le libéralisme économique intervenu sous le régime de Lansana Conté, la Guinée est devenue en 1984 un eldorado pour les hommes d’affaires guinéens installés à l’étranger, comme pour un certain nombre d’opérateurs économiques ouest africains. La libéralisation des échanges commerciaux et les mesures qui l’accompagnent ont attiré vers les secteurs d’importation et de distribution des denrées de première nécessité, bon nombre d’opérateurs économiques. Ce phénomène créa l’illusion de l’ouverture à la concurrence du marché guinéen. Dans cette conjoncture, les commerçants guinéens « de l’intérieur » ont su s’adapter à la nouvelle situation pour tirer profit des possibilités qui s’offraient à eux. Les opérateurs économiques qui contrôlent aujourd’hui l’importation des denrées de première nécessité, comme le riz, se différencient par leur itinéraire entrepreneurial, leur capacité de financement, leur maîtrise du marché international et leur mode d’insertion dans l’économie guinéenne. Il est particulièrement intéressant de chercher à comprendre pourquoi cette région, où l’élevage a occupé autrefois une place privilégiée dans le processus d’accumulation des richesses et de différenciation sociale, ait progressivement délaissé cette activité au profit du commerce jadis réservé aux Mandings . Ce qui est aussi passionnant dans le cas spécifique de la communauté peule du Fuuta-Jaloo, c’est le fait que l’irruption de l’économie monétaire en son sein a provoqué un profond bouleversement au sein des structures socio-professionnelles entraînant une réelle restructuration de la pratique des métiers. Le commerce a imprimé des marques spontanées de désagrégation à tous les divers « paliers en profondeur de la réalité sociale », modifiant et adaptant sur des bases nouvelles les relations inter-individuelles.






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